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Post Scriptum...

Au revoir Burkina!

Mopti, Mali, dimanche 11 mars 2007

Jeudi dernier, à Ouahigouya, je suis passé voir Hamadé, «mon» tailleur, celui qui me fabrique de si belle chemises. Il était au boulot, malgré le jour férié. En juin 2006, il m’avait confié une pièce de sa machine à coudre Bernina Favorit 740 (une machine à coudre professionnelle de plus de 40 ans de bons et loyaux services!). Cette pièce très spéciale (le «crochet») avait déjà été ressoudée de main de maître, mais l’usure était trop importante.

Crochet Bernina 740

De retour en Suisse j’ai cherché —sur Internet, bien sûr!— et découvert une pièce de rechange à 295.- euros ou une machine complète de seconde main à 198.- euros! Impossible d’acheter la première et de transporter la seconde depuis Marseille. J’ai donc laissé tomber... jusqu’à la rencontre fortuite sur une foire à Pontarlier d’un revendeur de pièces qui avait une piste et qui a réussi à me dégotter une pièce neuve pour 100.- euros. Deux fois 100 km plus tard (il habite à Frangebouche, qui sait où c’est?), j’avais l’objet! Et jeudi je l’apportais à Hamadé qui n’en croyait pas ses yeux.
La valeur étant élevée pour un petit artisan, mais le côté professionnel demandant tout-de-même de consentir à certains investissements, je lui ai proposé un arrangement comprenant un payement de sa part, un cadeau de la mienne et surtout deux chemises de premier choix que je me réjouis de trouver à mon retour à la fin du mois. Cette fois, je pense que le crochet a des chances de tenir plus longtemps que la Favorit!

Vendredi, j’ai conclu mon séjour à Ouahigouya par deux visites significatives.
La première a été aux Groupements Naam (FNGN, fédération de groupements paysans). Un premier entretien avec le vieux Clément, qui est le responsable des opérations et qui gère l’entreprise. Le second avec Bernard Lédéa, le grand patron, instigateur historique de la FNGN, ancien maire de Ouahigouya, actuel roi coutumier de Gourcy.
C’était pathétique et un brin émouvant de voir ces deux vieux, qui ont largement dépassé l’âge de la retraite, s’accrocher à leur place, sans quasi plus de projets actifs, sans plus d’aide des ONG et des gouvernements européens qui demandent évidemment un dynamisme désormais absent...
Et pourtant, il fut une époque où la FNGN, après les «Six S» (Se Servir de la Saison Sèche dans la Savane et au Sahel), s’est occupée de promotion agricole, d’assainissement, de reboisement, de formation, de communication, de conscientisation, de projets hydrauliques, etc. De jeunes ingénieurs, formateurs ou communicateurs de haut niveau ont passé par «les Naam», mais aucun n’est resté, tous sont partis trouver un avenir moins bouché et une promotion possible dans diverses organisations gouvernementales ou non.
Les seuls projets un peu durables sont la radio «La voix du paysan» dont mon regretté ami Frank Musy était un des coaches, et le Centre de réunions et d’hébergement à Ouahigouya. À part ça, on sent la fin prochaine, sans possibilité de redressement. Triste et déprimant, mais parfaitement inéluctable.

Et la seconde visite a été à Burkina-Vert.
Mon ami Issouf, Doudou et un 3e partenaire que je ne connais pas encore ont fondé cette association il y a 2 ans et demi, quand la Cellule agro-forestière de la FNGN a fermé et licencié tout son personnel. Issouf y était cadre alors que Doudou, pépiniériste, avait depuis longtemps des rapports serrés avec cette organisation. Le but de leur association est de promouvoir le maraîchage auprès des paysans, en leur offrant conseils et formations et en leur mettant à disposition des surfaces de terrain.
J’ai rencontré Issouf que je n’avais pas vu depuis son départ des Naam. Jeune, dynamique, enthousiaste et enthousiasmant, m’expliquant leur démarrage, la création d’une cave à pommes de terre pour avoir des semences au bon moment, me parlant de leur système de rémunération où les permanents de l’association ne prélèvent aucun salaire, mais se payent par la production maraîchère d’une parcelle réservée sur chaque terrain objet de leur promotion et qu’ils cultivent eux-mêmes. Jusqu’à maintenant, ils n’ont pas demandé l’aide des bailleurs de fonds européens, ni des ONG soutenant ce genre d’initiative. Ils voulaient faire leurs preuves d’abord!
Bravo, les gars! On reparlera de vous dans ce blog... à mon retour du Mali. Avec des photos.


Un début de voyage sans histoires

Ouahigouya, Burkina Faso, le 8 mars 2007

Me voici donc arrivé à Ouagadougou le lundi 5 mars, par l’avion d’Air France, vers 21h. Température au sol 29°C, un passage en douane sans ouvrir mes bagages, et mon ami Djibril et Rouki son épouse qui m’attendaient...

À propos des bagages qui sont un problème récurrent pour moi —je ne sais pas voyager léger—, et alors que j’avais droit à 2 fois 23 kg sans tolérance, la pesée a donné 23 kg et 22 kg 600! Bon, j’ai «perdu» 400 grammes, mais j’avais à la main ma mallette avec l’ordinateur (env. 10 kg) et dans le dos un petit sac avec... 3 kg de pommes pour les amis.

Je ne dirai rien du vol (Air France c’est quand même autre chose que l’Afriqyia de Kaddafi avec ses sbires et son eau fraîche!), mais je recommande à tous ceux qui le peuvent d’imprimer leur carte d’embarquement la veille du voyage par Internet. On peut choisir sa place, mais surtout on enregistre ses bagages à un guichet spécial où il n’y a pas de queue! Pareil à Paris-CDG où j’aurais dû refaire la file parce que j’ai eu l’idée saugrenue de vouloir passer du terminal 2F au 2C à pied. ça fait pas 500 m et ça va certainement aussi vite qu’en navette, mais quel dédale! Et j’ai dû demander mon chemin 2 fois (alors que j’avais un plan, mais illisible pour un piéton), passer un contrôle de passeport et faire bien gaffe de ne pas me perdre. Comme quoi l’aventure est à la portée de chacun! Qu’est-ce que je vais foutre en Afrique?

J’ai consacré toute la journée du 6 à mes relations ouagalaises. Multiple coups de téléphones (ma carte SIM Telecel de juin 2006 fonctionne immédiatement, sans déblocage coûteux), visites et discussions, voire négociations... journée dense mais fructueuse.

Au détours d’une rue, dans le quartier très animé de la gare routière STMB, j’ai croisé deux doux dingues, armés chacun de 2 cercles en acier qu’ils frappent l’un contre l’autre à toute vitesse, en chantant et mimant une sorte de danse rituelle. Habillés en femme, avec de grosses lunettes alors qu’ils ne doivent pas en avoir besoin, il parcourent les rues, en quêtant quelques pièces auprès des commerçants et des très rares touristes. Très drôle et rafraîchissant: une bouffée d’humour dans une ambiance générale toujours assez grave.

J’ai préparé mon déplacement à Ouahigouya (réservations de car, d’hôtel et... d’amis motorisés), j’ai passé un bon moment avec mon ami Sylvestre de l’ONG Yam Pukri et son centre de formation YamNet (voir l’article du 23.6.2006: «L’Afrique qui dort... l’Afrique qui veille»), j’ai bu un pot avec Salam, le pharmacien de Pissy et je suis allé voir le principal (ex-)client de DeltaLink. En 2 heures, je lui ai acheté une imprimante laser (on en reparlera!), je lui ai vendu 90 barrettes de mémoires pour PC (prix bas, mais c’est le solde des soldes de DeltaLink!), il m’a réglé la dernière facture de DeltaLink en suspens, et nous avons soldé les comptes. Le contact avec le patron de H2i est toujours un plaisir, la discussion est serrée, mais finalement on s’est toujours entendu... à l’avantage des deux!

Et puis hier, j’ai voyagé à Ouahigouya, avec mes 2 valises, ma mallette... et l’imprimante laser! Avec plus de bagages que de mains, c’est le déplacement à l’africaine: on fait plusieurs allers et retours ou, le plus souvent, on a recours à des porteurs. Heureusement, c’est pas ça qui manque, mais il faut avoir des pièces en poche, car les opérations vont vite et il vaut mieux ne pas avoir à attendre sa monnaie.

Ouahigouya comparé à Ouaga, c’est le paradis et l’enfer! On sort de la pollution des gaz d’échappement, de l’excitation et du trafic dément de la capitale pour se retrouver dans une ville à la campagne où l’air est pur (même s’il y a autant de poussière à cause de l’Harmatan!). Les gens sont calmes et paisibles, les amis sont là... et on a l’impression que la bière est encore plus fraîche!
À peine arrivé, il y avait en effet Sayouba avec sa voiture et Abdoulaye, puis Aly, puis ensuite Mariam et Hamidou, Lizeta et Farida. L’hôtel Colibri est semblable à lui-même, acceptable, mais malheureusement sans progrès notable. Fatigue du voyage et prévision des muezzins à partir de 4 h du matin m’ont fait coucher tôt... et pour les voix d’Allah, j’avais bien prévu: ils ont encore augmenté le volume des amplis depuis la dernière fois et s’y mettent à 2 ou 3 pour se répondre!

Aujourd’hui 8 mars 2007: «Journée internationale de la femme».
Il y a quelques années, certains insistaient pour dire «Journée... des femmes», ce qui change légèrement le sens et fait plus pragmatique et solidaire, moins dogmatique ou philosophique. Toujours est-il (pourquoi pas «elle»?) que le Burkina Faso n’est pas en reste, puisque ce jour est férié depuis 1984 (époque de la révolution). Sous Sankara, le 8 mars les hommes devaient aller au marché et préparer le repas! Si ce n’est vraisemblablement pas une des raisons principale de son assassinat, cette action n’a toutefois pas duré sous le nouveau régime et il est possible qu’aujourd’hui quelques familles de militantes n’aient pas grand chose à se mettre sous la dent!

Ici à Ouahigouya, une petite manifestation a eu lieu à la Place de la Révolution: discours tranquille de Maire, en français, discours nettement plus accrocheur, voire harangueur par le ton et en morré, de la présidente de l’Association de femmes A.M.M.I.E.S. qui est aussi députée... et ça s’entendait! Puis défilé des associations de femmes, au pas, bien marqué par une musique militaire enregistrée, du plus pur style claironnant à la française! L’ensemble de la manifestation était bien entendu encadré par la police et des véhicules de l’armée étaient stationnés non loin de là...

... et à l’autre bout de la place, le sinistre Monument aux Morts, en catelles blanches qu’on ne voudraient même pas dans notre salle de bain. Il y a des coups de trax qui se perdent!


«Elles» ont des «Idées»!

Elles ont des idées, elles s’appellent Élisabeth, Marie, Jacqueline et d’autres que je connais moins, elles montrent un dynamisme frisant l’hyperactivité, leur générosité n’a d’égal que leur engagement et leur solidarité pour celles et ceux qui se battent au quotidien pour développer l’Afrique...

«Elles» ont créé l’Association «Idées’Elles»... qu’il est laid mais fort pratique d’abréger «IDL»! Cette organisation basée à Martigny soutien une ONG malienne, Prométhée, spécialisée dans le micro-crédit. Des contacts avaient été établi entre IDL et moi en octobre 2005, pour une possible collaboration, mais les choses étaient restées en attente. Or, à la fin de l’année dernière, IDL a préparé un container de 20’ pour ses partenaires au Mali, et dans ce contexte, a acheté les derniers Pentium III que DeltaLink liquidait. Le contact était renoué: on a décidé d’avancer dans la discussion.
Le 1er décembre 2006, je me suis donc rendu à Martigny avec Jacqueline. Objectif: mettre au point une mission que je pourrais mener au Mali pour le compte d’IDL... et assister à la fermeture du fameux container. En fait, en arrivant sur l’immense place de chargement de l’entreprise Natural, nous avons trouvé un container vide, une quantité impressionnante de matériel disparate, éparpillé tout autour et sur les quais, et le Comité d’IDL en train de se poser mille questions...

Et puis est arrivé Dzène, avec encore un peu de matériel sur sa camionnette! Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Dzène — c’était mon cas à ce moment-là —, je vais tenter un portrait. Chauffeur de poids-lourds dans la soixantaine, Dzène est ce qu’on appelle «un personnage». Haut en couleurs, autant misogyne qu’il peut être serviable et prêt à tomber sous le charme de ces dames d’IDL, il leur a déjà donné de nombreux coups de mains avec une grande générosité. Ses dehors bourrus et son allure de Viking râblé cachent un homme intelligent et vif, d’un bon sens admirable, expérimenté et qui n’est pas le dernier à mettre la main à la pâte.
Alors, je n’avais plus qu’à retrousser mes manches! Et cinq ou six heures plus tard, on fermait les portes du container: à part quelques menus objets, tout était dedans! Et je vous passe l’inventaire à la Prévert: habits, lunettes, tentes, lampes à pétrole, cassettes vidéo, chaussures, vélos, frigos, machines à coudre, cannes anglaises, mobilier de bureau, matériel médical et de premier secours, téléviseur, stérilisateurs, rétroprojecteurs, ordinateurs et autre matériel informatique, livres, chaises roulantes, tableaux noirs, photocopieuses, couvertures militaires (!), outils de menuisier, et... à défaut de ratons laveurs, un moteur, une boîte à vitesse, des lames de suspensions et sept pneus, le tout prélevé sur une épave et destiné à réparer le camion Saurer que Dzène a convoyé il y a quelques années. Je vous explique pas le poids, le moteur seul doit faire plus d’une tonne! Entre parenthèses, l’envoi de ce camion a certainement été une erreur de jeunesse d’IDL: on ne trouve pas de pièces Saurer en Afrique et Mercedes aurait certainement été une marque plus judicieuse. Mais on est toujours plus intelligent après!
Toujours est-il que le container était plein et prêt à partir pour le Mali. Un apéro à la Petite Arvine et une extraordinaire fondue à la crème (oui, fromage PLUS crème Chantilly: une spécialité de Martigny -?- à essayer absolument!) ont remplacé la séance de discussion sur mon éventuelle mission. Du coup, il n’y avait plus à discuter, je n’avais pour ainsi dire plus qu’à attendre mon ordre de mission. «Elles» sont terribles, je vous l’ai dit!

Et c’est donc ainsi que je me retrouve à mon tour prêt à partir pour Mopti, heureusement moins plein que le container (quoi que mes bagages...), mais impatient de vous raconter ce et surtout celles et ceux que je vais y rencontrer...

Mais auparavant, un petit détour par le Burkina. Je pars donc demain 5 mars pour Ouagadougou.
À bientôt pour la suite!