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Post Scriptum...

Quelques images

Mopti, Mali, mardi 20 mars 2007

Mon activité ici ne me laisse pas trop de temps pour écrire. Outre le travail technique, il y a l’observation, la compréhension, l’analyse, les discussions, la convivialité qui font l’environnement de ce «stage» de 15 jours chez Prométhée. Les choses avancent, mais comme toujours en Afrique, rien n’est simple, on n’a jamais le bon outil au bon moment, et se le procurer n’est pas du tout évident...
Et il y a la chaleur. Je l’ai déjà dit, on est entré dans la période chaude de l’année, avec pour nous Européens des sensations et des situations auxquelles nous ne sommes pas préparés. J’ai vu la météo à la TV samedi soir. Prévisions pour Mopti: 42°C (évidemment sous abri!) le jour, 23°C au petit matin. Sur la terrasse de la villa où je loge, et qui est à l’ombre toute la journée, le thermomètre mini/max a enregistré 29 et 40°C. Le soleil n’est pas très violent à cause des tonnes de poussière qu’il y a dans l’air, mais l’air est chaud, on a continuellement l’impression d’être sous un sèche-cheveux! Inutile de dire les quantités de boissons qu’il faut absorber! Hier j’ai bu sans problème 4 litres d’eau et 2 de bière de 8h à 22h. Les appareils électroniques, ordinateurs, appareils de photos ou téléphones portables deviennent rapidement brûlant; les habits sortent de la valise chauds comme après le repassage; tous les objets sont tièdes à l’ombre ou brûlants au soleil...

Mais, halte au bavardage, place à l’image. Ou plutôt à quelques vues de Mopti qui est très photogénique. Ce n’est pas forcément très «typique», mais il faut m’excuser, je ne peux pas prendre des photos sous le nez des gens que je ne connais pas, comme tout bon touriste sait le faire instinctivement, alors c’est certainement derrière l’image qu’il faut essayer de regarder... et peut-être capter le clin d’oeil admiratif, complice ou excédé selon les cas.

Mopti

On appelle Mopti la Venise malienne. Allez donc savoir pourquoi?

Mopti

Mopti Mopti

La Grande Mosquée de Mopti est un vaste bâtiment en «banco» (terre et paille séchée), récemment restauré par un financement de l’Aga Khan. Les façades doivent être recrépies chaque année sous peine de destruction naturelle en quelques saisons des pluies. Sur chaque façade, et même pas dissimulés, des haut-parleurs de type mégaphone diffusent les appels des muezzins à chaque prière. Le non musulman que je suis ne peux malheureusement pas entrer dans ce lieu.

Mopti Mopti

On entre dans Mopti par le centre «commercial», en franchissant une porte, juste à côté du monuments aux martyrs de la nation.

Dans la vieille ville aux rues étroites, les ânes sont un moyen de transport encore très prisés (ici précisément des briques en banco).

Mopti Mopti

Dans le centre «commercial», l’équipement énergétique est souvent défaillant, mais il existe, preuve en est ce poteau électrique! Et chapeau au monteurs maliens qui s’y retrouvent... ou au clients mali(e)ns qui les piratent.

Dans la vieille ville, tous les caniveaux sont pleins d’un liquide glauque, absolument dégueulasse, où l’eau (H2O) ne doit pas faire la majorité du volume! J’ai vu des enfants jouer à repêcher je ne sais quels objets dans ces égouts. Il y a des caniveaux semblables dans la plupart des villes africaines, mais ceux de Mopti sont bons pour le Guiness!

Mopti

Je longe la rive du Bani pour aller de mon logement au bureau de Prométhée. Le niveau de l’eau est très bas et des îles verdoyantes sont apparues au loin, sur lesquelles on a amené paître le bétail. La rive elle-même est le lieu où les femmes viennent faire la lessive, se laver et laver les enfants, et où les hommes, eux, lavent les véhicules! Tout le monde au même endroit, et c’est pas parce que le linge est transporté en voiture! Peut-être que comme ça on ne pollue qu’un tout petit bout de la rivière!


ONG Prométhée: État des lieux...

Mopti, Mali, vendredi 16 mars 2007

Me voilà donc à pied d’oeuvre depuis dimanche dernier. Ma mission au nom d’IDL auprès de l’ONG Prométhée comporte plusieurs facettes: la mise en service de quelques ordinateurs, l’installation d’une imprimante, des conseils divers en relation avec l’informatique (organisation, maintenance, vente du matériel excédentaire), l’analyse de faisabilité d’un projet, etc. L’ONG est avant tout active dans le domaine du micro-crédit. Elle prête de l’argent aux associations féminines des villages pour leur permettre de développer les activités commerçantes de leur membres.
Ma première «tâche» est évidemment de faire connaissance et de comprendre la situation actuelle. En ce qui concerne les personnes, c’est pas trop compliqué. J’ai déjà parlé de Oumar le jeune chauffeur et de Kodio, responsable du micro-crédit et homme de terrain. Il y a aussi Kass, le coordinateur (en fait directeur, également enseignant dans un lycée privé de Mopti); Dolo, le responsable administratif; Mariam, la secrétaire; Hamidou, le stagiaire; sans oublier Maïga, le président, prof de chimie en retraite. (Ici, on appelle certaines personnes par le prénom ou le surnom, d’autres par le nom de famille, je fais de même.)

Prométhée Prométhée

Prométhée Prométhée

Et puis, il y a la situation —sur les plans informatique et organisationnel uniquement—, et là on commence à déprimer sérieusement: personne n’a vraiment de connaissances de base, ce qui fait que de «tu fais comme ça» en «il faut faire comme ça», et passé par le relais de 3 ou 4 personnes, on se retrouve avec des aberrations incroyables. À plusieurs reprises, j’ai demandé à la secrétaire de me répéter une opération ou une autre pour être bien sûr que je n’avais pas rêvé: un seul document contenant tous les PV des séances d’une année (assurément plus de 100!); la saisie des données de chaque opération de remboursement des micro-crédits répétée dans quatre feuilles Excel; l’ouverture systématique par double-clic du même document Word ou Excel, uniquement pour lancer le programme, document que l’on referme immédiatement pour ouvrir celui sur lequel on veut travailler; les noms de documents et de dossiers sans aucune systématique et souvent même pas mnémoniques; etc. Et ne posez pas la question «Pourquoi faites-vous comme ça?», la réponse sera du genre: «Bon,... voilà,... c’est vous qui allez nous expliquer tout ça!».
Par ailleurs, la sécurité des données n’est pas assurée. La panne d’une machine peut provoquer la perte de précieuses informations.

En parallèle à cette analyse pas très encourageante, je me suis résolument engagé dans le concret: la préparation des PC arrivé par le container. Hamidou le stagiaire (juste raté le bac, dommage!) et Oumar le chauffeur (à peine alphabétisé) font une bonne équipe. Ils sont maintenant quasi capable d’installer Windows et les logiciels de base sans assistance! Encore un peu d’exercice et ce sera bon.
Au passage, on a conclu un abonnement Internet (un peu fastidieux, mais on n’a pas eu besoin d’aller à Bamako: 1’300 km de gagné!); j’ai mis en service un fax qui n’a plus de ruban encreur mais qui peut émettre, ainsi que l’imprimante que j’ai amenée de Ouagadougou; et vendredi soir, on a déballé 3 rétroprojecteurs qui faisaient partie du container d’IDL.

Mopti

Sur l’image, un condensé de la semaine: un coin technique/informatique aménagé tout exprès, avec un bureau à tiroirs et un PC destiné à devenir serveur (à gauche au fond), l’imprimante laser Kyocera neuve amenée de Ouagadougou, une pile de PC à vendre (Pentium II), un rétroprojecteur en fonction avec un message de Kass que déchiffre Oumar, et au premier plan le PC de Dolo. Je vous explique pas le nombre d’heures de travail (et de palabres) pour en arriver là!

À part ça, la chaleur est arrivée, même assez brusquement depuis jeudi. Alors que les nuits étaient fraîches jusque là (25°C environ à l’extérieur) et que j’appréciais d’être couvert en fin de nuit, depuis hier la température est montée de plusieurs degrés et je laisse le brasseur (ventilateur plafonnier) en marche toute la nuit. Au moment où j’écris ces lignes, à 23h, il fait 34° dans ma chambre et le petit ventilateur USB de mon ordinateur rempli parfaitement son rôle!

Mopti

Vue du Bani, affluent du Niger à Mopti.
L'arrièpre-plan flou est dû à la poussière soulevée par l'Harmattan, vent d'est continu à cette saison.


Bonjour Mali!

Mopti, Mali, mardi 13 mars 2007

Samedi, c’était le départ de Ouahigouya. Il n’y a semble-t-il plus de car qui vont sur le Mali et mes amis m’ont dirigé vers un ancien convoyeur d’une compagnie qui s’est mis à son compte: Mamoudou. Il a un minibus en excellent état et contrairement à ce que je pensais, nous sommes partis presque à l’heure et sans faire le plein des 10 places possibles. Quelques personnes sont montées ou descendues en cour de route, mais je me suis trouvé seul à côté du chauffeur sur la plus grande partie du trajet: le grand confort!

OHG-Koro

D’autant plus qu’il conduisait très sagement à 60 km/h sur cette route en terre qui mène vers Thiou (encore au Burkina) et Koro (déjà au Mali), à près de 100 km. Par rapport à ce que j’ai connu comme routes au Niger et dans le nord du Togo, celle-ci fait plutôt genre autoroute, avec juste un peu de «tôle ondulée» et quelques rares nids de poules. Une vraie promenade d’un peu plus de 2 heures, arrêts police et douane compris.

OHG-Koro OHG-Koro

Une poussière rouge est soulevée par un Harmattan assez violent et limite la visibilité horizontale à moins d’un km. Heureusement, le vent est latéral et chasse rapidement l’écran opaque dégagé par les poids lourds. Le dépassement est un plongeon dans le nuage, sans aucune visibilité, sur la seule confiance du clignotant du «gros cul» (image de gauche).
Les routiers sont sympas... et rares, ce qui est bien agréable malgré tout!

La frontière passe au milieu de nulle part, seulement signalée par une série de poteau en béton de 2 m de haut et distants d’environ 100 m.

OHG-Koro

Quelques kilomètres plus loin, au contrôle de police (photo), il me semble que Mamoudou a «négocié» l’entrée d’un passager qui n’avait pas le vaccin (fièvre jaune). À la douane, aucun problème, on n’ouvre même pas les bagages, mon imprimante laser, bien visible sur le toit ayant focalisé l’attention du douanier. L’explication sur sa destination en insistant sur la gratuité l’a rapidement convaincu... même sans «négociation»!

Arrivé à Koro à midi et demi. Le pick-up de l’ONG Prométhée m’attendait, avec le jeune chauffeur Oumar et Kodio, un des cadres de l’Association. Les bagages transférés, il ne restait plus qu’à se désaltérer. On se rend donc à l’«Aventure», sorte d’auberge-restaurant-bar au décor éthno-kitsch un peu facile. Il n’ont même pas de grandes bières, et les prix sont nettement plus élevés qu’au Burkina! Je n’ai pas l’habitude des lieux touristiques africains, mais on est en Pays Dogon, il faudra bien que je m’y fasse...

OHG-Koro OHG-Koro


De là, départ pour Bandiagara, à plus de 100 km/h: «c’est à cause de la route, sinon tu casse!» me dit Oumar, faisant allusion à la tôle ondulée. Je lui ai imposé tout de même un 90 km/h... qu’il n’a pas respecté bien longtemps! Puis c’est la montée de la falaise. Il a bien fallut ralentir, avec des côtes entre 8 et 12%, souvent bétonnées, étroites, zigzagantes, avec demi-lunes pour les croisements. Un paysage de chaos rocheux, un peu entre le Valais et les Causses français, assez grandiose par endroit.

À Bandiagara, un arrêt au Cheval Blanc s’impose (hôtel réputé à l’architecture originale, faites de magnifiques sphères de pierres, tenu par un Suisse). J’y ai fait connaissance avec un autre Suisse, Thierry, résident et surtout connaisseur en informatique. Le contact est établi et une éventuelle collaboration avec l’ONG Prométhée est esquissée...

Puis c’est le goudron jusqu’à Mopti que nous atteignons en début de soirée, retardés par un contrôle de police: le véhicule n’a pas de carte grise. Celle-ci est attendue depuis des mois, mais le gouvernement ne les délivre pas et l’autorisation provisoire de circuler n’est plus valable. Remarque: il paraît que les cartes grises viennent de France (je me demande bien pourquoi?) et j’ai entendu exactement la même histoire au Togo, l’année dernière. Étrange, non?

À l’arrivée à mon «pied-à-terre», deux pièce et WC/douche dans une villa, Kass le chef de l’ONG Prométhée m’attendait pour faire connaissance.
Les autres locataires de la maison, un couple de Français et deux couples de leurs amis, rentrant d’une randonnée à pied dans le pays Dogon, m’invitent pour le repas du soir: confit de canard et Bordeaux. J'aurais pu tomber plus mal(ien)!


Au revoir Burkina!

Mopti, Mali, dimanche 11 mars 2007

Jeudi dernier, à Ouahigouya, je suis passé voir Hamadé, «mon» tailleur, celui qui me fabrique de si belle chemises. Il était au boulot, malgré le jour férié. En juin 2006, il m’avait confié une pièce de sa machine à coudre Bernina Favorit 740 (une machine à coudre professionnelle de plus de 40 ans de bons et loyaux services!). Cette pièce très spéciale (le «crochet») avait déjà été ressoudée de main de maître, mais l’usure était trop importante.

Crochet Bernina 740

De retour en Suisse j’ai cherché —sur Internet, bien sûr!— et découvert une pièce de rechange à 295.- euros ou une machine complète de seconde main à 198.- euros! Impossible d’acheter la première et de transporter la seconde depuis Marseille. J’ai donc laissé tomber... jusqu’à la rencontre fortuite sur une foire à Pontarlier d’un revendeur de pièces qui avait une piste et qui a réussi à me dégotter une pièce neuve pour 100.- euros. Deux fois 100 km plus tard (il habite à Frangebouche, qui sait où c’est?), j’avais l’objet! Et jeudi je l’apportais à Hamadé qui n’en croyait pas ses yeux.
La valeur étant élevée pour un petit artisan, mais le côté professionnel demandant tout-de-même de consentir à certains investissements, je lui ai proposé un arrangement comprenant un payement de sa part, un cadeau de la mienne et surtout deux chemises de premier choix que je me réjouis de trouver à mon retour à la fin du mois. Cette fois, je pense que le crochet a des chances de tenir plus longtemps que la Favorit!

Vendredi, j’ai conclu mon séjour à Ouahigouya par deux visites significatives.
La première a été aux Groupements Naam (FNGN, fédération de groupements paysans). Un premier entretien avec le vieux Clément, qui est le responsable des opérations et qui gère l’entreprise. Le second avec Bernard Lédéa, le grand patron, instigateur historique de la FNGN, ancien maire de Ouahigouya, actuel roi coutumier de Gourcy.
C’était pathétique et un brin émouvant de voir ces deux vieux, qui ont largement dépassé l’âge de la retraite, s’accrocher à leur place, sans quasi plus de projets actifs, sans plus d’aide des ONG et des gouvernements européens qui demandent évidemment un dynamisme désormais absent...
Et pourtant, il fut une époque où la FNGN, après les «Six S» (Se Servir de la Saison Sèche dans la Savane et au Sahel), s’est occupée de promotion agricole, d’assainissement, de reboisement, de formation, de communication, de conscientisation, de projets hydrauliques, etc. De jeunes ingénieurs, formateurs ou communicateurs de haut niveau ont passé par «les Naam», mais aucun n’est resté, tous sont partis trouver un avenir moins bouché et une promotion possible dans diverses organisations gouvernementales ou non.
Les seuls projets un peu durables sont la radio «La voix du paysan» dont mon regretté ami Frank Musy était un des coaches, et le Centre de réunions et d’hébergement à Ouahigouya. À part ça, on sent la fin prochaine, sans possibilité de redressement. Triste et déprimant, mais parfaitement inéluctable.

Et la seconde visite a été à Burkina-Vert.
Mon ami Issouf, Doudou et un 3e partenaire que je ne connais pas encore ont fondé cette association il y a 2 ans et demi, quand la Cellule agro-forestière de la FNGN a fermé et licencié tout son personnel. Issouf y était cadre alors que Doudou, pépiniériste, avait depuis longtemps des rapports serrés avec cette organisation. Le but de leur association est de promouvoir le maraîchage auprès des paysans, en leur offrant conseils et formations et en leur mettant à disposition des surfaces de terrain.
J’ai rencontré Issouf que je n’avais pas vu depuis son départ des Naam. Jeune, dynamique, enthousiaste et enthousiasmant, m’expliquant leur démarrage, la création d’une cave à pommes de terre pour avoir des semences au bon moment, me parlant de leur système de rémunération où les permanents de l’association ne prélèvent aucun salaire, mais se payent par la production maraîchère d’une parcelle réservée sur chaque terrain objet de leur promotion et qu’ils cultivent eux-mêmes. Jusqu’à maintenant, ils n’ont pas demandé l’aide des bailleurs de fonds européens, ni des ONG soutenant ce genre d’initiative. Ils voulaient faire leurs preuves d’abord!
Bravo, les gars! On reparlera de vous dans ce blog... à mon retour du Mali. Avec des photos.


Un début de voyage sans histoires

Ouahigouya, Burkina Faso, le 8 mars 2007

Me voici donc arrivé à Ouagadougou le lundi 5 mars, par l’avion d’Air France, vers 21h. Température au sol 29°C, un passage en douane sans ouvrir mes bagages, et mon ami Djibril et Rouki son épouse qui m’attendaient...

À propos des bagages qui sont un problème récurrent pour moi —je ne sais pas voyager léger—, et alors que j’avais droit à 2 fois 23 kg sans tolérance, la pesée a donné 23 kg et 22 kg 600! Bon, j’ai «perdu» 400 grammes, mais j’avais à la main ma mallette avec l’ordinateur (env. 10 kg) et dans le dos un petit sac avec... 3 kg de pommes pour les amis.

Je ne dirai rien du vol (Air France c’est quand même autre chose que l’Afriqyia de Kaddafi avec ses sbires et son eau fraîche!), mais je recommande à tous ceux qui le peuvent d’imprimer leur carte d’embarquement la veille du voyage par Internet. On peut choisir sa place, mais surtout on enregistre ses bagages à un guichet spécial où il n’y a pas de queue! Pareil à Paris-CDG où j’aurais dû refaire la file parce que j’ai eu l’idée saugrenue de vouloir passer du terminal 2F au 2C à pied. ça fait pas 500 m et ça va certainement aussi vite qu’en navette, mais quel dédale! Et j’ai dû demander mon chemin 2 fois (alors que j’avais un plan, mais illisible pour un piéton), passer un contrôle de passeport et faire bien gaffe de ne pas me perdre. Comme quoi l’aventure est à la portée de chacun! Qu’est-ce que je vais foutre en Afrique?

J’ai consacré toute la journée du 6 à mes relations ouagalaises. Multiple coups de téléphones (ma carte SIM Telecel de juin 2006 fonctionne immédiatement, sans déblocage coûteux), visites et discussions, voire négociations... journée dense mais fructueuse.

Au détours d’une rue, dans le quartier très animé de la gare routière STMB, j’ai croisé deux doux dingues, armés chacun de 2 cercles en acier qu’ils frappent l’un contre l’autre à toute vitesse, en chantant et mimant une sorte de danse rituelle. Habillés en femme, avec de grosses lunettes alors qu’ils ne doivent pas en avoir besoin, il parcourent les rues, en quêtant quelques pièces auprès des commerçants et des très rares touristes. Très drôle et rafraîchissant: une bouffée d’humour dans une ambiance générale toujours assez grave.

J’ai préparé mon déplacement à Ouahigouya (réservations de car, d’hôtel et... d’amis motorisés), j’ai passé un bon moment avec mon ami Sylvestre de l’ONG Yam Pukri et son centre de formation YamNet (voir l’article du 23.6.2006: «L’Afrique qui dort... l’Afrique qui veille»), j’ai bu un pot avec Salam, le pharmacien de Pissy et je suis allé voir le principal (ex-)client de DeltaLink. En 2 heures, je lui ai acheté une imprimante laser (on en reparlera!), je lui ai vendu 90 barrettes de mémoires pour PC (prix bas, mais c’est le solde des soldes de DeltaLink!), il m’a réglé la dernière facture de DeltaLink en suspens, et nous avons soldé les comptes. Le contact avec le patron de H2i est toujours un plaisir, la discussion est serrée, mais finalement on s’est toujours entendu... à l’avantage des deux!

Et puis hier, j’ai voyagé à Ouahigouya, avec mes 2 valises, ma mallette... et l’imprimante laser! Avec plus de bagages que de mains, c’est le déplacement à l’africaine: on fait plusieurs allers et retours ou, le plus souvent, on a recours à des porteurs. Heureusement, c’est pas ça qui manque, mais il faut avoir des pièces en poche, car les opérations vont vite et il vaut mieux ne pas avoir à attendre sa monnaie.

Ouahigouya comparé à Ouaga, c’est le paradis et l’enfer! On sort de la pollution des gaz d’échappement, de l’excitation et du trafic dément de la capitale pour se retrouver dans une ville à la campagne où l’air est pur (même s’il y a autant de poussière à cause de l’Harmatan!). Les gens sont calmes et paisibles, les amis sont là... et on a l’impression que la bière est encore plus fraîche!
À peine arrivé, il y avait en effet Sayouba avec sa voiture et Abdoulaye, puis Aly, puis ensuite Mariam et Hamidou, Lizeta et Farida. L’hôtel Colibri est semblable à lui-même, acceptable, mais malheureusement sans progrès notable. Fatigue du voyage et prévision des muezzins à partir de 4 h du matin m’ont fait coucher tôt... et pour les voix d’Allah, j’avais bien prévu: ils ont encore augmenté le volume des amplis depuis la dernière fois et s’y mettent à 2 ou 3 pour se répondre!

Aujourd’hui 8 mars 2007: «Journée internationale de la femme».
Il y a quelques années, certains insistaient pour dire «Journée... des femmes», ce qui change légèrement le sens et fait plus pragmatique et solidaire, moins dogmatique ou philosophique. Toujours est-il (pourquoi pas «elle»?) que le Burkina Faso n’est pas en reste, puisque ce jour est férié depuis 1984 (époque de la révolution). Sous Sankara, le 8 mars les hommes devaient aller au marché et préparer le repas! Si ce n’est vraisemblablement pas une des raisons principale de son assassinat, cette action n’a toutefois pas duré sous le nouveau régime et il est possible qu’aujourd’hui quelques familles de militantes n’aient pas grand chose à se mettre sous la dent!

Ici à Ouahigouya, une petite manifestation a eu lieu à la Place de la Révolution: discours tranquille de Maire, en français, discours nettement plus accrocheur, voire harangueur par le ton et en morré, de la présidente de l’Association de femmes A.M.M.I.E.S. qui est aussi députée... et ça s’entendait! Puis défilé des associations de femmes, au pas, bien marqué par une musique militaire enregistrée, du plus pur style claironnant à la française! L’ensemble de la manifestation était bien entendu encadré par la police et des véhicules de l’armée étaient stationnés non loin de là...

... et à l’autre bout de la place, le sinistre Monument aux Morts, en catelles blanches qu’on ne voudraient même pas dans notre salle de bain. Il y a des coups de trax qui se perdent!