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Post Scriptum...

Escapade à Cotonou

Lomé, Togo, lundi 5 juin 2006

On continue à rattraper le retard: on est mercredi 31 mai, lendemain de mon arrivée ici.

Mon ami Jean-Jacques, patron du Galion (www.hotel-galion.com) avait quelques affaires à régler à Cotonou. Juste un aller et retour, 48 heures avec un visa ad-hoc fait au passage de la frontière. J’ai décidé de l’accompagner, même si je n’aime pas cette ville ultra-polluée et au trafic dangereux, elle n’est qu’à 150 km de Lomé. Départ prévu mercredi à 15 heures.

Auparavant, je dois régler le problème du téléphone. La compagnie Telecel fait une carte SIM valable dans 6 pays: Bénin, Burkina Faso, Gabon, Côte d’Ivoire, Niger, Togo. Sans «roaming», donc au tarif normal de chaque pays. Exactement ce qu’il me faut.
Cela coûte 40’000 F CFA (un peu moins de CHF 100.-) pour les 2 premiers pays à choix, avec 10’000 F CFA de crédit sur chaque pays, puis 10’000 F CFA de plus pour chaque autre pays, avec le même crédit. Pigé? Je suis donc sorti du bureau de la responsable de l’agence togolaise de Telecel avec trois numéros de téléphone (Togo, Bénin, Burkina) sur la même carte SIM pour 50’000 F CFA. Avec aussi la promesse que le numéro togolais serait activé à 13 h et le béninois à 19 h.
Un peu après 13 h, j’ai effectivement eu «du réseau» sur mon portable, mais pas de 10’000 F. Avec une carte à 5’000 achetée au bar du Galion, ça marchait.

Départ un peu après 15 h. La sortie de Lomé, le long du port est parsemée de trous qu’il faut essayer d’éviter. C’est pas facile. Il faut passer certains nids de poule au pas pour ne pas endommager le véhicule... ce qui n’est visiblement pas le problème de tous!
Après, ça va mieux. En route, on dépasse des chargement intéressant, comme celui-ci:



À la douane de Hile Kondji (50 km de Lomé), c’est la valse des «cachets» habituelle. On nous demande 3 fois les informations qui figurent sur le passeport, on note scrupuleusement à la main sur des méchantes feuilles volantes une quantité d’informations indispensables comme: le lieu de naissance, la profession, l’adresse en Suisse, celle su Togo, celle au Bénin, le numéro des plaques de la voiture... En plus bien sûr de l’identité, des raisons du voyage, date de naissance, etc.

Du côté togolais, ça a été, mais quand s’agit de faire un visa pour le Bénin et qu’on tombe comme nous sur un des fonctionnaires les plus lents de l’Afrique francophone, c’est pas gagné!
Montre en main: 30 secondes pour choisir avec grand soin une épingle sur un bloc aimanté, en éliminant l’une d’elles certainement émoussée, et finalement agrafer deux pages entre elles. Et le reste à l’avenant, si bien qu’on se retrouve à 17 h (18 h au Bénin) et qu’on est interrompu par la cérémonie du Drapeau: sorte de pantalonnade militaro-humoristique consistant à retirer le drapeau national de son mât. Certainement pour avoir le plaisir de le remonter le lendemain?

J’ai déjà vécu cette scène il y a 2 ans, que je décrivais ainsi dans mes Notes de voyage 2004-03: [Cliquer pour SAUTER ce passage]
[...]
Le trajet sera sans histoire, mais le passage des frontières est toujours l'occasion d'anecdotes. La bêtise-même de la notion de frontière, la (para)militarisation systématique des lieux, le "folklore" souvent inconscient des voyageurs, les problèmes de langues, la confrontation des cultures; tout ceci fait des passages de frontières une mine de gags et d'histoires surréalistes partout dans le monde... et d'autant plus encore en Afrique!
Il n'est malheureusement pas question de faire des photos, secret militaire oblige, mais on se croirait dans un film de Tati, avec des dizaines de détails hilarants ou de situations pathétiques. La barrière en ficelle, consciencieusement manipulée par un servant à chaque voiture; les bagages dont le contenu s'éparpille; l'enregistrement des visas à un bureau et la cachet apposé dans un autre, 2 bâtiments plus loin; etc. Évidemment, tout ceci se passe dans une chaleur de 35° sous abri, dans une mouvement de foule incroyable, ou les entrant prennent par erreur le chemin des sortants ou vice-versa... et le contraire à la douane du second pays!

À l'entrée au Bénin, notre voiture est arrêtée par la ficelle et l'annonce autoritaire de "-Drapeau! Drapeau!". Personne ne doit franchir la zone pendant la cérémonie de la "descente du drapeau" béninois. L'heure est grave!
Finalement, c'est une fausse alerte et on passe dans la zone béninoise. Jean-Jacques qui est résident va devant avec la voiture pour obtenir un laissez-passer tandis que Martyn et moi prenons place sur le banc en face d'un policier chargé d'enregistrer les visas. Martyn n'a pas de visa, mais peut en faire faire un instantanément, même sans photos, d'ailleurs! Pour ma part, j'ai un visa de "l'Entente" qui permet d'entrer dans 5 pays pendant 2 mois (Togo, Bénin, Niger, Burkina Faso et Côte d'Ivoire). Ça prend bien 10 minutes, de recopier (à la main, bien sûr) la moitié d'un passeport dans le registre des entrées, et notre policier s'applique, tatillonne, nous demande nos adresses, nos professions...
Soudain, "-Drapeau! Drapeau!", notre homme se lève, saisit son képi et nous invite à le suivre au bord de la route qui fait une bonne quinzaine de mètres de large, goudronnée, et là, de l'autre côté, il y a le fameux drapeau, flottant au vent en haut d'un mât.
Et la cérémonie commence. Il y a 2 fonctionnaires de police devant nous, Martyn et moi, seuls civils présents (par pur hasard!), notre officier au milieu de la chaussée et de l'autre côté, devant le mât une femme en uniforme. Garde-à-vous, repos, garde-à-vous... (nous on bouge pas, évidemment). Il ne manque que la musique, certainement par manque de moyens, mais au rythme des gestes et des pas de la femme, elle doit se chanter l'air dans sa tête, c'est sûr! C'est ce moment que choisit une chèvre, petite et toute ronde, pour traverser la scène, en passant bien ostensiblement devant les mecs au garde-à-vous, comme si elle passait les troupes en revue! Bien entendu, quand le drapeau arrive à la hauteur de la tête de la gendarmette, il s'enroule autour de sa figure et elle termine ses gestes enturbannée! On a vraiment de la peine à ne pas éclater de rire. Le drapeau est soigneusement plié puis porté comme un plateau, bras tendu et présenté au salut militaire des 3 messieurs, raides comme des bâtons. L'officier termine par un magnifique pas de l'oie pour rejoindre ses troupes et commander "-Repos!".
[...]


Bref, encore 15 minutes de perdues! On arrivera à Cotonou de nuit, vers 20 h locales.
Jean-Jacques connaît les bonnes adresses et on mange une terrine «à la française», un excellent maquereau, avec un coup de rouge. À la fin du repas, une vieille connaissance de Jean-Jacques antiquaire et marchant d’art passait justement par là, à la recherche de clients et avec quelques objets magnifiques. Après discussion et quelques verres, J’ai pu obtenir pour un bon prix une superbe tête Yorouba (Nigeria) en bronze. Il s’agit d’une pièce normalement destinée au cérémonies funèbres.

Le jeudi matin, Moïse (c’est le prénom de l’antiquaire) est venu me chercher pour me montrer son «musée». En fait, les plus belles pièces qu’il a gardées «pour l’héritage». Il s’agit d’une chambre sans fenêtre d’environ 8 m2, jonchée de statuettes, de masques et d’autres pièces plus ou moins mystérieuses. Une véritable caverne d’Ali Baba.
Il y aussi des objets à vendre, notamment d’autres têtes Yorouba, plus grandes —et plus chère!— que celle que j’ai acheté la veille. Mais je ne suis pas venu pour acheter. Je reviendrai une fois avec de l’argent... et peut-être des commandes d’amateurs européens.


Et mon téléphone? Jeudi en fin de matinée, toujours aucun réseau béninois. Je passe à l’agence principale de Telecel Bénin et réussis à me faire promettre la mise en service de la ligne pour 11 h. En fait à 13 h, j’ai reçu un SMS me disant que tout était en ordre et que j’avais 10’000 F de crédit alloué. Mais jusqu’à la fin de notre séjour au Bénin, soit vendredi matin, je n’ai absolument personne pu appeler, ni envoyer de SMS. Message permanent: «Réseau occupé»...
Pardon à mes amis béninois (Marc, Béthel, Joseph), que je n’ai finalement pas eu le temps d’appeler.

J’ai oublié de vous dire, à l’hôtel il n’y avait pas d’eau le premier matin (donc auto-douche au seau!), ni beurre ni confiture au petit-déjeuner. La réduction que j’ai négociée avec le directeur a payé les petit-déjeuners du lendemain...

Vendredi matin, de retour à Lomé, nouvelle visite à Telecel: on me dirige vers la responsable du Service clients, une jeune femme charmante, la seule active, entourée de trois hommes vautré ou dormant à leur bureau. Après explications et négociation, j’ai pu faire créditer les 10’000 F du compte togolais... et virer les 10’000 du compte béninois au compte burkinabè que j’inaugurerai à Ouaga dans une dizaine de jours. En plus, elle m’a promis de m’appeler au Burkina pour vérifier que tout est bien. À suivre...

Prochain article: Le blues au Galion.

Air France versus Afriqiyah

Lomé, Togo, dimanche 4 juin 2006

Déjà 5 jours que je suis arrivé et je commence seulement mes Notes de voyage.
Baisse de tonus? Pas vraiment! Petit retour en arrière.

Le 3 avril dernier, en réservant mon billet d’avion, je pensais que je viendrai en Afrique libéré de DeltaLink, quasi en vacances si ce n’était quelques nouvelles idées dont je reparlerai plus tard. Depuis la séance de Comité du 20 mars les choses étaient assez claires: Le Comité actuel laisserait la place à Pierre-Yves Rochat, qui dirigeait déjà les opérations depuis 15 mois, et qui prendrait le contrôle de l’Association avec un nouveau Comité dès l’Assemblée générale fixée au 15 mai. Bon.
C’était sans compter un petit conflit concernant la communication de DeltaLink: Tout changement fondamental à la tête d’une organisation comme la nôtre implique le changement de l’image projetée à l’extérieur. J’ai donc revendiqué la propriété intellectuelle du site web de DeltaLink, que j’ai créé avec quelques amis et auquel j’ai consacré une belle énergie pendant 4 ans. Contrairement à mon successeur qui n’a jamais contribué le moins du monde à cette communication. Le nom de domaine «deltalink.org» et le logo restaient bien entendu attaché à l’Association et réutilisables. Cette condition posée, je me suis fait traité de «saboteur», comme si offrir un espace de communication vierge à quelqu’un qui n’a jamais communiqué pouvait mettre ses autres activités en péril!
Et puis, la préparation de l’AG a révélé des lacunes gênantes dans la gestion de l’Association par Pierre-Yves Rochat: pièces comptables incomplètes, décomptes de TVA non rendus aboutissant à des poursuites, flou dans le décompte du matériel, déclaration d’exportation manquante, etc. Certainement aucune malhonnêteté, mais une suite de négligences et un manque de transparence qui pourraient avoir des répercutions imprévisibles.
Cette situation, avec comme prétexte mon refus de céder l’image du site, a amené Pierre-Yves Rochat à décider le 14 mai qu’il cesserait toute collaboration avec DeltaLink le 15, à l’issue de l’AG... et qu’il continuait le même genre d’activités à son propre compte. Voilà.

À 15 jours de mon départ en voyage, je me retrouvais donc de fait dans l’obligation de liquider les actifs de DeltaLink, ce que j’ai tout intérêt à faire au mieux vu l’importante dette accumulée par l’association à mon égard.
Heureusement, d’anciens clients sont déjà intéressés à cette liquidation et l’opération principale aura lieu en juillet. Nous en reparlerons.

Je tenais à revenir une dernière fois sur le sujet DeltaLink qui a été d’une grande importance pour moi depuis l’an 2000. Maintenant passons à l’objet initial de cet article.

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On était mardi 30 mai...

Contrairement aux derniers voyages, j’ai renoncé à la compagnie libyenne Afriqiyah pour revenir à Air France. Raison: pour une différence finale d’environ CHF 200.-, on est quand même plus sûr de ne pas être victime d’une suppression de vol pure et simple (avec changement obligatoire de la date du voyage!), le repas à bord est digne de ce nom (entrée, plat, fromage, dessert), on peut se faire un apéro et boire un coup de rouge en mangeant, le personnel de cabine à le sourire, on évite les regards inquisiteurs et les fouilles de bagages de sbires libyens à l’escale de Tripoli, méprisants jusqu’à la caricature...
Seul inconvénient: le passage par Paris-Charles-de-Gaulle qui allonge un peu le voyage et où on marche beaucoup. Mais je préfère marcher seul que piétiner avec un flic tous les 2 mètres!
Après un voyage «sans histoire» dans un (gros) avion à moitié vide, j’ai récupéré mes 42 kg de valises et passé la douane sans problème. Je ne trafique rien, mais j’ai plein de petits cadeaux, quelques téléphones mobiles et un peu de matériel informatique.
Petit incident plutôt amusant à l’arrivée de l’Airbus à Lomé: des bourrasques de vents d’orage (il venait de pleuvoir assez fort) ont empêché pendant 15 minutes l’accrochage de la passerelle autotractée. Le commandant a dit que le fuselage risquait d’être endommagé en cas de choc. Pour ceux qui connaissent la délicatesse des manoeuvres des chauffeurs togolais, le risque parait effectivement assez grand. Il ont finalement approché l’escalier contre le vent, donc de l’autre côté que d’habitude et un car nous a protégé de la pluie jusqu’à l’aérogare... du moins ceux qui n’étaient pas du côté de la porte que le chauffeur n’est pas parvenu à fermer!

Mon ami Jean-Jacques m’attendais. L’Auberge Le Galion aussi, avec son personnel toujours aussi sympa et accueillant et ses habitués dont je connais la majorité.

Prochain message: escapade à Cotonou.


Démarrage

Lomé, Togo, samedi 3 juin 2006

Ce message est le premier d’une série que j’espère longue mais surtout intéressante. J’y publierai mes Notes de voyage qui sont un mélange sans prétention d’informations sur mes activités, d’anecdotes plus ou moins drôles, de remarques et de questions sur le choc des cultures. Dans la mesure du possible, quelques images viendront épauler le texte.

Je ne suis ni journaliste, ni photographe, mais j’aime communiquer. Les raisons de cette publication sont multiples: donner de mes nouvelles à ma famille et mes amis, verbaliser et fixer certaines émotions alors que je n’ai souvent pas d’interlocuteur sous la main, garder une trace et baliser la mémoire, alors même que cette dernière est loin d’être infaillible... et que je ne vais pas dans le sens d’une amélioration!

Et pourquoi ce titre? Pas seulement parce que j’ai la réputation de vouloir toujours avoir le dernier mot! Mais aussi parce que ce qui est intéressant c’est souvent ce qui suit le texte, à savoir la réflexion, l’échange d’idées, le débat, vos commentaires... et la rencontre!

Voilà. Maintenant c’est parti!
Dans quelques heures ou dans quelques jours le premier article se placera au-dessus de celui-ci, et ainsi de suite. N’hésitez pas à lire les Commentaires et à y ajouter le vôtre en cliquant sur la rubrique correspondante en bas des messages.
Bien amicalement à tous.