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Post Scriptum...

Quelques portraits

Lausanne, Suisse, avril 2007

Je suis de retour en Suisse depuis le 5 avril dernier. Avec près de 30°C de moins au thermomètre, mais satisfait d'un périple riche en découvertes et en rencontres.

Voici quelques portraits de personnes qui me sont chères et que j'ai rencontrées pour la première ou la x-ième fois lors de ce séjour d'un mois au Mali et au Burkina...


Retour au Burkina

Ouahigouya, Burkina Faso, jeudi 29 mars 2007

Lundi dernier, c’était le retour vers le Burkina: levé au réveil du téléphone portable (une fois n’est pas coutume) à 5h30. Derniers préparatifs, et attente de 7h où Oumar et Dolo seront mes compagnons de route dans le véhicule de Prométhée, jusqu’à Koro.

Il ne fait pas trop chaud (entre 30 et 35°C) et la route est goudronnée jusqu’à Bandiagara. À Sévaré, près de Mopti, Kodio nous attend avec du courrier pour IDL.

Mopti-Ouahigouya


On est à Bandiagara à 8h environ. Café au lait, pain dans une petite cafétéria sympa (que j’ai dû imposer à mes guides!). Rapide passage au prestigieux Cheval Blanc pour une dernière discussion avec Thierry Enger (et Jean Bastian, le propriétaire des lieux) sur les projets un rien délirants que Kassambara avait exprimés lors du passage de Thierry à Mopti: devenir un acteur dans les télécoms et Internet pour tout le nord du Mali!... des rêves pas très cohérents, totalement démesurés et surtout ignorants totalement les réalités de la branche.

Départ du Cheval Blanc vers 9h. On prend la piste Bandiagara-Bankass, la même route que pour venir il y a 15 jours. On y croise d’abord Laure, puis Olivier, les co-gérants de l’hôtel Yapasdeproblème à Mopti et mes co-locataires très absents de la villa où je logeait. Ils rentrent d’une virée avec des amis.

Mopti-Ouahigouya Mopti-Ouahigouya


Arrêt au sommet avant la descente de la falaise, pour quelques images. Un camion nous averti qu’il y a un accident un peu plus bas. En effet, au bas d’une côte à plus de 12%, on découvre un car renversé, avec semble-t-il un blessé sérieux et d’autres légers. Un médecin est sur place. Ils attendent l’ambulance, mais tant que personne ne paye son déplacement, l’ambulance ne bouge pas... Les négociations sont en cours, alors que la population du village du pied de la falaise (d’où vient le car) grimpe à pied vers le lieu de l’accident.
Le car montait (!) la côte quand l’accident s’est produit. Encore une vitesse qui ne s’est pas engagée et vu la surcharge et le mauvais état des freins... on repart en arrière?

Mopti-Ouahigouya


Relativement prudent dans la montagne, Oumar roule comme un fou sur la piste. Je lui ai rappelé qu’il cassait le véhicule, qu’on n’avait tout le temps, que si s’était son véhicule, il roulerait certainement moins vite, rien n’y fait. Heureusement que les sièges sont confortables, car 110 km/h sur la tôle ondulée, ça craint! Un peu le Dakar!

Arrivée à Koro peu avant 11h. Le superbe Ordre de Mission, cacheté et signé par Kassambara aura été inutile car on ne nous a pas arrêtés aux quelques barrages rencontrés. Dolo a des courses pour Prométhée, Oumar va profiter de rechercher son père (accidenté dans la région).

Mopti-Ouahigouya Mopti-Ouahigouya


On dépose donc mes bagages à la «station» où le minibus de Mamoudou s’arrête, je prend mon ticket et je vais me faire une bière (ou deux!) avec un porc au four dans un troquet appelé Bar Anayé, à quelques centaines de mètres. C’est certainement moins chic que «l’Aventure» (voir le trajet aller), mais autrement plus sympa!

Mopti-Ouahigouya Mopti-Ouahigouya


Grande discussion avec un prof et chercheur en terratologie végétale (j’ai apris un nouveau mot!) à l’Uni de Bamako, actuellement en vacances. Ancien étudiant des années soixante en Belgique, il est peut-être un peu alccolique, mais pas ininterressant du tout et m’a posé des tas de questions pertinentes sur la Suisse et l’Europe!

Vers 13h15, je vais tout de même voir si le minibus de Mamoudou est arrivé. Toujours rien, sauf la poussière et la chaleur, vraiment intense. Il fait en effet nettement plus que les 42°C annoncés à la météo (évidemment «sous abri»), même si comme moi on choisi la partie «paillote» de l’abri plutôt que la tôle!

Il est environ 14h quand Mamoudou arrive. Une crevaison l’a retardé (à l’aller on était arrivé à midi et demi, avec la même course). Réparation des 2 roues et chargement des bagages effectué, on est enfin parti vers 15h.

Mopti-Ouahigouya Mopti-Ouahigouya


L’air est brûlant (50°C?): on ne tient pas longtemps avec la main hors du véhicule, même à 60 km/h! Le vent est moins fort qu’à l’aller et il y a un peu moins de poussière. J’ai déjà parlé de la frontière, à plus de 10 km du premier village, tant d’un côté que de l’autre, et marquée par les fameux poteaux en béton. Cette fois je l’ai photographiée!

Mopti-Ouahigouya


Arrivée à Ouahigouya à 17h30, après un voyage sans histoire... sauf que la roue est à nouveau crevée (réparation africaine!). Il est 18h quand j’entre au Colibri, 5 minutes plus tard, Aly m’y rejoint et 10 minutes après, c’est «Six-six» le coursier des groupements Naam qui veut me voir... pourtant, lui n’a même pas de téléphone! Comment est-il au courant de mon arrivée?


En pinasse sur le Niger

Mopti, Mali, dimanche 25 mars 2007

Hier, journée de vacances! Une virée en pinasse sur le Niger pour aller rendre visite à une association de femmes soutenues par Prométhée, dans le village de Wandiaka. C’est tout de même à 2h30 de navigation en pinasse, ce qui doit faire une trentaine de km.
La pinasse est une sorte de grande pirogue à moteur. C'est une «6 tonnes» mais il y en a jusqu'à plus de 40 tonnes de charge utile. La nôtre est équipée pour promener les touristes, avec bibelots décoratifs et gilets de sauvetage EasyJet! Kodio, l’homme de terrain de Prométhée, et moi sommes seuls en plus de l’équipage formé de 4 personnes.

Mopti-Wandiaka

La pinasse est non seulement l’autocar du fleuve, c’est aussi le camion et on croise des bateau très lourdement chargés, parfois appontés à une pirogue de chaque côté, pour augmenter encore la charge. En Afrique, celui qui n’est pas en surcharge est un imbécile, que son moyen de transport soit sa tête, un vélo, un âne, une moto, un «bâché», un camion ou un bateau! Même certains avions sont surchargés, mais là le risque est majeur, voir le crash de Cotonou, il y a quelques années!

Mopti-Wandiaka Mopti-Wandiaka

À l’aller, on navigue vers l’est, avec le courant mais contre le vent. Toujours l’Harmattan, qui ne se contente plus de soulever la poussière, mais crée aussi de petites vagues courtes et moutonnantes. Le Niger est vaste et malgré les eaux basses (et qui baissent encore), on a souvent l’impression d’être sur un lac. À bien des endroits, la profondeur est faible et les pinassiers connaissent bien le fleuve: on navigue tantôt près d’une rive, tantôt près de l’autre, pour éviter les hauts-fonds. Il y a aussi des filets que les pêcheurs tirent en pirogue et dans lesquels il ne faut pas prendre l’hélice.

Mopti-Wandiaka

À Wandiaka, une délégation des femmes nous reçoivent dans une cour. Grande discussion où je ne comprends évidemment rien si ce n’est les quelques traductions faites par Kodio. On est en territoire Bozo; quelques femmes sont Peul (parlent le fulfuldé). Outre les salutations et les présentations qui ont bien pris une heure, ce qu’elles demandent en gros, c’est plus d’aide de IDL (est-ce un lapsus de mon traducteur: on parle bien d’IDL et non pas de Prométhée!).
Photo souvenir et retour à Mopti via un groupe de bâtiments au bord du fleuve, gérés par Prométhée, et pompeusement appelés «Centre de formation en développement des capacités»! Certainement pratique pour des formations réunissant plusieurs dizaines de personnes et concernant des sujets non technologiques (un petit groupe électrogène peut fournir un peu de lumière, mais guerre plus), il comprend des chambres, un bâtiment cuisine, une paillote (actuellement sans paille!) et un jardin de démonstration pour l’agro-foresterie. Mais l’état général, comme l’enseigne, et notamment les murs en banco supporteraient un peu d’entretien...

Mopti-Wandiaka


Quelques images

Mopti, Mali, mardi 20 mars 2007

Mon activité ici ne me laisse pas trop de temps pour écrire. Outre le travail technique, il y a l’observation, la compréhension, l’analyse, les discussions, la convivialité qui font l’environnement de ce «stage» de 15 jours chez Prométhée. Les choses avancent, mais comme toujours en Afrique, rien n’est simple, on n’a jamais le bon outil au bon moment, et se le procurer n’est pas du tout évident...
Et il y a la chaleur. Je l’ai déjà dit, on est entré dans la période chaude de l’année, avec pour nous Européens des sensations et des situations auxquelles nous ne sommes pas préparés. J’ai vu la météo à la TV samedi soir. Prévisions pour Mopti: 42°C (évidemment sous abri!) le jour, 23°C au petit matin. Sur la terrasse de la villa où je loge, et qui est à l’ombre toute la journée, le thermomètre mini/max a enregistré 29 et 40°C. Le soleil n’est pas très violent à cause des tonnes de poussière qu’il y a dans l’air, mais l’air est chaud, on a continuellement l’impression d’être sous un sèche-cheveux! Inutile de dire les quantités de boissons qu’il faut absorber! Hier j’ai bu sans problème 4 litres d’eau et 2 de bière de 8h à 22h. Les appareils électroniques, ordinateurs, appareils de photos ou téléphones portables deviennent rapidement brûlant; les habits sortent de la valise chauds comme après le repassage; tous les objets sont tièdes à l’ombre ou brûlants au soleil...

Mais, halte au bavardage, place à l’image. Ou plutôt à quelques vues de Mopti qui est très photogénique. Ce n’est pas forcément très «typique», mais il faut m’excuser, je ne peux pas prendre des photos sous le nez des gens que je ne connais pas, comme tout bon touriste sait le faire instinctivement, alors c’est certainement derrière l’image qu’il faut essayer de regarder... et peut-être capter le clin d’oeil admiratif, complice ou excédé selon les cas.

Mopti

On appelle Mopti la Venise malienne. Allez donc savoir pourquoi?

Mopti

Mopti Mopti

La Grande Mosquée de Mopti est un vaste bâtiment en «banco» (terre et paille séchée), récemment restauré par un financement de l’Aga Khan. Les façades doivent être recrépies chaque année sous peine de destruction naturelle en quelques saisons des pluies. Sur chaque façade, et même pas dissimulés, des haut-parleurs de type mégaphone diffusent les appels des muezzins à chaque prière. Le non musulman que je suis ne peux malheureusement pas entrer dans ce lieu.

Mopti Mopti

On entre dans Mopti par le centre «commercial», en franchissant une porte, juste à côté du monuments aux martyrs de la nation.

Dans la vieille ville aux rues étroites, les ânes sont un moyen de transport encore très prisés (ici précisément des briques en banco).

Mopti Mopti

Dans le centre «commercial», l’équipement énergétique est souvent défaillant, mais il existe, preuve en est ce poteau électrique! Et chapeau au monteurs maliens qui s’y retrouvent... ou au clients mali(e)ns qui les piratent.

Dans la vieille ville, tous les caniveaux sont pleins d’un liquide glauque, absolument dégueulasse, où l’eau (H2O) ne doit pas faire la majorité du volume! J’ai vu des enfants jouer à repêcher je ne sais quels objets dans ces égouts. Il y a des caniveaux semblables dans la plupart des villes africaines, mais ceux de Mopti sont bons pour le Guiness!

Mopti

Je longe la rive du Bani pour aller de mon logement au bureau de Prométhée. Le niveau de l’eau est très bas et des îles verdoyantes sont apparues au loin, sur lesquelles on a amené paître le bétail. La rive elle-même est le lieu où les femmes viennent faire la lessive, se laver et laver les enfants, et où les hommes, eux, lavent les véhicules! Tout le monde au même endroit, et c’est pas parce que le linge est transporté en voiture! Peut-être que comme ça on ne pollue qu’un tout petit bout de la rivière!


ONG Prométhée: État des lieux...

Mopti, Mali, vendredi 16 mars 2007

Me voilà donc à pied d’oeuvre depuis dimanche dernier. Ma mission au nom d’IDL auprès de l’ONG Prométhée comporte plusieurs facettes: la mise en service de quelques ordinateurs, l’installation d’une imprimante, des conseils divers en relation avec l’informatique (organisation, maintenance, vente du matériel excédentaire), l’analyse de faisabilité d’un projet, etc. L’ONG est avant tout active dans le domaine du micro-crédit. Elle prête de l’argent aux associations féminines des villages pour leur permettre de développer les activités commerçantes de leur membres.
Ma première «tâche» est évidemment de faire connaissance et de comprendre la situation actuelle. En ce qui concerne les personnes, c’est pas trop compliqué. J’ai déjà parlé de Oumar le jeune chauffeur et de Kodio, responsable du micro-crédit et homme de terrain. Il y a aussi Kass, le coordinateur (en fait directeur, également enseignant dans un lycée privé de Mopti); Dolo, le responsable administratif; Mariam, la secrétaire; Hamidou, le stagiaire; sans oublier Maïga, le président, prof de chimie en retraite. (Ici, on appelle certaines personnes par le prénom ou le surnom, d’autres par le nom de famille, je fais de même.)

Prométhée Prométhée

Prométhée Prométhée

Et puis, il y a la situation —sur les plans informatique et organisationnel uniquement—, et là on commence à déprimer sérieusement: personne n’a vraiment de connaissances de base, ce qui fait que de «tu fais comme ça» en «il faut faire comme ça», et passé par le relais de 3 ou 4 personnes, on se retrouve avec des aberrations incroyables. À plusieurs reprises, j’ai demandé à la secrétaire de me répéter une opération ou une autre pour être bien sûr que je n’avais pas rêvé: un seul document contenant tous les PV des séances d’une année (assurément plus de 100!); la saisie des données de chaque opération de remboursement des micro-crédits répétée dans quatre feuilles Excel; l’ouverture systématique par double-clic du même document Word ou Excel, uniquement pour lancer le programme, document que l’on referme immédiatement pour ouvrir celui sur lequel on veut travailler; les noms de documents et de dossiers sans aucune systématique et souvent même pas mnémoniques; etc. Et ne posez pas la question «Pourquoi faites-vous comme ça?», la réponse sera du genre: «Bon,... voilà,... c’est vous qui allez nous expliquer tout ça!».
Par ailleurs, la sécurité des données n’est pas assurée. La panne d’une machine peut provoquer la perte de précieuses informations.

En parallèle à cette analyse pas très encourageante, je me suis résolument engagé dans le concret: la préparation des PC arrivé par le container. Hamidou le stagiaire (juste raté le bac, dommage!) et Oumar le chauffeur (à peine alphabétisé) font une bonne équipe. Ils sont maintenant quasi capable d’installer Windows et les logiciels de base sans assistance! Encore un peu d’exercice et ce sera bon.
Au passage, on a conclu un abonnement Internet (un peu fastidieux, mais on n’a pas eu besoin d’aller à Bamako: 1’300 km de gagné!); j’ai mis en service un fax qui n’a plus de ruban encreur mais qui peut émettre, ainsi que l’imprimante que j’ai amenée de Ouagadougou; et vendredi soir, on a déballé 3 rétroprojecteurs qui faisaient partie du container d’IDL.

Mopti

Sur l’image, un condensé de la semaine: un coin technique/informatique aménagé tout exprès, avec un bureau à tiroirs et un PC destiné à devenir serveur (à gauche au fond), l’imprimante laser Kyocera neuve amenée de Ouagadougou, une pile de PC à vendre (Pentium II), un rétroprojecteur en fonction avec un message de Kass que déchiffre Oumar, et au premier plan le PC de Dolo. Je vous explique pas le nombre d’heures de travail (et de palabres) pour en arriver là!

À part ça, la chaleur est arrivée, même assez brusquement depuis jeudi. Alors que les nuits étaient fraîches jusque là (25°C environ à l’extérieur) et que j’appréciais d’être couvert en fin de nuit, depuis hier la température est montée de plusieurs degrés et je laisse le brasseur (ventilateur plafonnier) en marche toute la nuit. Au moment où j’écris ces lignes, à 23h, il fait 34° dans ma chambre et le petit ventilateur USB de mon ordinateur rempli parfaitement son rôle!

Mopti

Vue du Bani, affluent du Niger à Mopti.
L'arrièpre-plan flou est dû à la poussière soulevée par l'Harmattan, vent d'est continu à cette saison.